« Etre sélectionné ici est un encouragement officiel »

 

 

 

Le premier court-métrage de Jean-Baptiste Pouilloux interroge la rencontre amoureuse.

Le premier court-métrage de Jean-Baptiste Pouilloux interroge la rencontre amoureuse.

 

Jean-Baptiste Pouilloux, 35 ans, est l’heureux réalisateur du court-métrage « T’étais où quand Michaël Jackson est mort? », qui a obtenu le prix de la « Meilleure première oeuvre de fiction » le 8 février dernier par le jury national du festival de Clermont-Ferrand. Nous l’avions rencontré avant l’annonce de cette distinction. Entretien…

Ciné63: De quelle façon avez-vous découvert la réalisation?

Jean-Baptiste Pouilloux: c’est venu sur le tard. Je n’ai jamais baigné dans ce milieu-là, à vrai dire. J’étais parti pour faire des études de maths, mais c’était vraiment trop déprimant. J’ai alors décidé de faire la seule chose qui m’intéressait: du cinéma. J’ai commencé comme rippeur, j’ai fait de la déco, de la régie, de l’électro, avant de devenir assistant caméra… Je suis maintenant premier assistant depuis huit ans.

Comment avez-vous réalisé votre premier court-métrage?

Le fait d’être assistant et d’organiser les tournages m’a fait rencontrer beaucoup de monde. Comme pour l’équipe technique par exemple, où j’ai eu la chance d’être entouré de professionnels confirmés. En ce qui concerne les comédiens, j’avais rencontré Denis Ménochet sur un film précédent. Il a été génial. Il m’a dit: « je sais que c’est de la réalisation que tu dois faire ». Et le projet lui a parlé… Je lui dois beaucoup parce-que tout le reste s’est enclenché bien plus facilement dès lors que Denis s’est engagé…

De quoi parle le film?

Il parle de la rencontre amoureuse, de son caractère « indéniable ». Pourquoi se passe-t-il tout de suite quelque chose avec certaines personnes et rien avec d’autres? Ce qui m’intéressait également était de savoir ce qu’on faisait de ces rencontres quand on est déjà engagé avec quelqu’un. Cela veut-il dire qu’on leur ferme la porte parce-qu’elles ne sont pas possibles, ou bien la laisse-t-on ouverte? Et dans ce cas, quel est donc le sens de notre engagement?

Quel est le rapport avec le titre du film?

A peu près aucun. C’est une question qu’Elodie Navarre pose pendant le film, et qui va permettre à deux personnes étrangères l’une à l’autre de trouver tout de suite une intimité. Parce-que cette question leur rappelle un souvenir personnel, comme à beaucoup de monde.

Comment l’avez-vous financé?

Le film n’a coûté que 4 500 euros, ce qui est très peu dans ce milieu-là! Mon producteur a réuni un fonds de soutien du CNC, et on s’est débrouillé avec ça.

Aviez-vous déjà dirigé des comédiens?

Oui, notamment à travers la réalisation de la série « En famille », qui passe sur M6. Même si c’était plus ou moins maladroit, je savais où je voulais emmener les comédiens, et je finissais toujours par me faire comprendre, ou au contraire à me laisser embarquer par eux. C’est toujours en se confrontant que l’on progresse. C’est un exercice passionnant.

Que représente la sélection de votre court par le festival de Clermont?

Je le prends comme un encouragement officiel à continuer. Même quand on a un entourage qui nous soutient, cela reste extrêmement rassurant d’avoir le retour de professionnels. Là je suis comme un gamin, je découvre tout, je suis hyper content. Et on a enfin un public qui voit votre film!

Quels sont les retours?

Plutôt chouettes. Je crois que le second degré du film a fait du bien au spectateur, au milieu d’une sélection un peu dense. Cela apportait quelques respirations. Plus de légèreté.

Votre prochain projet? Court ou long?

J’ai une idée de long-métrage. Cela demande tellement d’énergie et de travail de mettre une réalisation en chantier, que j’aime autant les investir dans un long. Et surtout je n’ai pas de bonne idée de court. L’histoire portera sur le premier été d’un enfant dont les parents viennent de se séparer. C’est un moment de bascule, où l’enfant fera face à beaucoup de choses en solitaire.

Toujours une histoire sur la fragilité?

C’est ce qui m’intéresse. Parler de cette peine que l’on ressent tous un jour ou l’autre ne me paraît pas suffisant: notre boulot est de transformer cette noirceur, de la twister, afin de soulager et donner un peu d’air… C’est ce que raconte le film: une rupture amoureuse rend sourd, le monde s’effondre, on devient impotent et démuni… Même chose avec un deuil. Le décalage qu’offre un film permet de regarder ça un peu de côté.

Pourra-t-on voir ce court en dehors du festival?

Il a été vendu à Canal +, il devrait y être diffusé. Je ne peux donc pas le mettre en ligne. Mais il a été sélectionné dans d’autres festivals en région parisienne et ailleurs en France.

Quelques jours après, Jean-Baptiste Pouilloux a obtenu le prix de la meilleure première œuvre de fiction. Voici sa réaction, quelque temps après la fin du festival:

J-B P.: Cela a été une grosse surprise, je ne m’y attendais pas du tout! D’autant qu’il y avait beaucoup de films très bien en compétition. Apparemment l’écriture et le jeu des comédiens ont séduit le jury. C’est une distinction, un accélérateur qui débloque actuellement pas mal les choses, notamment lors des entretiens! On est pris plus au sérieux. Ce prix m’a permis de valider une étape et de mettre d’autres projets en chantier…

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