27 ans de passion pour le court-métrage

A l’occasion de l’édition 2014, portrait d’un festivalier d’une fidélité à toute épreuve au court-métrage. (Cette rencontre a eu lieu en janvier 2009.)

Gérard Albert est un fidèle parmi les fidèles. Un aficionado, un inconditionnel du court-métrage. Ce parisien, installé à Clermont depuis 1982, a assisté à la naissance et l’évolution du plus grand festival de courts au monde.

« A l’époque, on s’asseyait dans les travées, il n’y avait pas toute la sécurité actuelle autour des projections », précise cet ancien employé d’imprimerie de 63 ans. « Seules 5000 personnes se rendaient au festival au départ, alors on s’en fichait. On n’avait peur de rien, maintenant, on a peur de tout ! » rit-il.

Petit calcul rapide : sachant que notre festivalier regarde entre 100 à 120 courts à chaque édition, à combien s’élève la somme totale de films visionnés en 27 années d’assiduité ? Entre 2700 et 3240. « Quand je travaillais, je ne venais souvent qu’entre midi et deux heures. Aujourd’hui, je prends l’abonnement de trente séances, cela me fait entre six et huit heures de cinéma par jour ! Et encore, je ne vois que la moitié des productions… »

Ce qui lui plaît tant dans le petit format ? « J’aime le cinéma en lui-même. J’y vais depuis les années 60 : j’ai commencé par Truffaut, Godard… Ce que j’aime dans le court-métrage, c’est l’obligation, sur une si petite dimension, de faire très fort dans la qualité. C’est comme pour les auteurs de nouvelles par rapport aux romans. Un film de deux heures ne peut pas être très bon tout du long. Enfin, l’ambiance du festival est particulière : les gens se parlent, échangent. Il y a un côté amateur. »

« le festival a perdu son âme »

Une atmosphère que Gérard Albert estime néanmoins voir disparaître. Pour deux raisons : un côté « consommation » que le public aurait adopté : « le court, on y va, on en sort, on va en voir un autre. Je trouve que le festival a perdu son âme. Avant il y avait des gens qui y venaient juste pour discuter, sans avoir vu de films ! »

Et surtout, la disparition de « la » brasserie tout près de la Maison de la Culture, où se retrouvaient réalisateurs et comédiens tous les ans. « Une brasserie magnifique, traditionnelle, qui va être remplacée par la bibliothèque universitaire. C’était un réseau d’échanges : on y allait pour savoir ce qu’il fallait voir ou non. Je connais des parisiens qui étaient estomaqués de découvrir un tel endroit à Clermont. C’était le Martinez de la ville ! Cette année, ce sera la première fois que rien ne sera prévu pour accueillir les gens ».

Ses séries de prédilection ? L’International, qui « tord le cou aux clichés sur l’étranger », et les Labo, qui peuvent « être très bons ». « Quand le festival est né, je me rappelle qu’il y avait pas mal de réalisateurs qui jouaient les intellectuels. Ils se prenaient pour Antonioni, et au final c’était raté au point que ça nous faisait bien rire. La qualité s’est beaucoup améliorée de ce côté là ! »

Des souvenirs, quelques anecdotes ? « Un film avec Jean-François Stevenin et Patrick Bouchitey avait fait scandale une année. Ils y violaient une morte !* Sinon je me rappelle de l’acteur Mathieu Amalric : il faisait partie du jury en 2004, et avait refusé de remettre le Grand Prix de la compétition française sous prétexte qu’il n’y avait pas eu de bons films cette année-là ».

Rebondissant sur la question de l’originalité, Gérard Albert se dit surpris du peu de films « sociaux » présentés d’année en année, alors que « le court-métrage devrait prendre la température de la société ». Il craint également des répercussions de la crise financière sur les productions : « dès que l’argent devient le but de quelque chose, le système est corrompu. Le festival n’est pas encore touché, mais il pourrait l’être, notamment dans la qualité des scénarii. Il est possible aussi qu’il y ait moins de crédits accordés : vous savez qu’une minute de film coûte 1500 euros ? »

Rendez-vous dès le 30 janvier pour débattre de tout cela avec lui !

Aude HILY


*Lune froide, de Patrick Bouchitey. Il a obtenu le Grand Prix du festival et a été adapté en long-métrage.

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