Serge Garde: « Outreau a décrédibilisé la parole de l’enfant »

 

Serge_Garde_0059« Une affaire ne dérape pas comme ça à cause d’un seul magistrat » affirme le journaliste. Photo: Vincent Barthélémy

 

Serge Garde est le réalisateur du documentaire controversé Outreau, l’autre vérité. L’ancien journaliste de « L’Humanité » y prend le parti des enfants victimes en revenant sur le traitement médiatique et judiciaire de l’affaire…

Pourquoi avoir fait ce film ?

Serge Garde : l’affaire d’Outreau m’avait laissé un goût amer. L’histoire qu’on nous a servi était trop simple. Cette affaire pèse encore sur tous les tribunaux de France. Elle a permis de décrédibiliser la parole des enfants. Mon but était donc d’apporter un autre regard en retrouvant tout d’abord des enfants victimes. Pour tout le monde, les victimes d’Outreau ont été les adultes emprisonnés puis acquittés. S’ils ont fait de la prison pour rien, c’est à cause d’une femme mythomane, d’enfants menteurs et d’un juge incompétent : c’est impossible quand on connaît les rouages de la justice ! Une affaire ne dérape pas comme ça à cause d’un seul magistrat.

Comment avez-vous procédé?

S.G. : j’ai commencé par chercher des enfants déclarés victimes et devenus majeurs. Puis j’ai élargi mon propos auprès de personnes que les médias avaient maltraitées, comme le juge Burgaud, les experts etc…Pratiquement toutes les personnes de la partie adverse ont refusé de me répondre. Mais ce n’est pas un film à thèse ! Il s’est construit au fur et à mesure des interviews que j’ai pu obtenir. Cela a été en effet une vraie galère de retrouver les jeunes victimes, mais surtout, beaucoup de personnes refusaient de parler, encore traumatisées par la souffrance causée par cette affaire. Et là je ne parle pas des enfants, mais des travailleurs sociaux, des psychiatres…

Quels échos avez-vous rencontré depuis la sortie?

S.G. : j’ai été impressionné par la levée de boucliers de mes confrères de la presse judiciaire. Mais elle ne me surprend pas. Dans le film, je dénonce un journalisme de connivence entre certains chroniqueurs judiciaires et les avocats. Du côté des spectateurs le sentiment de colère revient très fortement : « je me suis fait avoir, on nous a désinformés… »

Le film n’apporte-t-il pas plus de questions que de réponses ?


S.G.
 : justement, c’est une bonne chose. Qui est coupable, qui est innocent, ce n’est pas le propos du film. Faire une contre-enquête ne servirait à rien. On ne revient pas sur un acquittement. L’aspect médiatique, institutionnel, mais également l’instrumentalisation politique de l’affaire m’intéressaient beaucoup plus. Avec le recul, il y avait la volonté d’utiliser l’affaire d’Outreau pour supprimer l’institution du juge d’instruction…

Pensez-vous que certains des acquittés étaient coupables?

S.G. : chaque spectateur a le droit d’interpréter le film comme il veut. A aucun moment, mon but n’est de remettre en cause la chose jugée. Ce que je demande, ce n’est pas que l’on croie les enfants, mais que la justice prenne toute parole de la même façon. Oui, les enfants peuvent mentir. Mais un adulte aussi ! Le drame depuis Outreau, c’est que l’adulte est présumé innocent et l’enfant présumé coupable de mensonge. Les responsables d’association le disent : il y a un « avant » et un « après » Outreau.

 

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