Eric Piera: trente ans de cinéma clermontois

Eric Piera a vu le jour au Paris, le cinéma que sa grand-mère acheta après avoir fui le régime nazi. Photo: Valentin Uta.

Eric Piera a vu le jour au Paris, le cinéma que sa grand-mère acheta après avoir fui le régime nazi. Photo: Valentin Uta.

Directeur du cinéma Les Ambiances, Eric Piera a vécu les grandes mutations du cinéma clermontois de ces dernières décennies. Il en a même écrit certains chapitres… Et ne compte pas s’arrêter là.

Son amour pour le cinéma Art et essai, Eric Piera le doit au film Le voleur de bicyclette. « Quand je l’ai vu il y a des années, je me suis promis que si j’avais un cinéma un jour, je proposerais des films de ce genre là : Ettore Scola, Fellini, Comencini… Ils avaient un soin du détail et exprimaient des valeurs sociales fortes. Et je m’étais dit aussi que je ne passerais pas de publicité ! »

Tout cela s’est concrétisé. Il faut dire que le cinéma lui tendait les bras : Eric Piera y est né, littéralement. Un jour de 1957, au Paris, salle clermontoise détruite depuis 2007 et dont il a été le directeur durant 25 années.
« Ma grand-mère, qui était Allemande, l’avait acheté lorsqu’elle a fui le régime nazi. De mon côté, j’avais passé un doctorat en acoustique pour devenir ingénieur du son. A son décès, j’ai repris le cinéma. Cela me faisait peine qu’il disparaisse, et je trouvais important que les Clermontois bénéficient d’une programmation établie par un autre Clermontois ».

« Le fou du Paris », tel que le surnomme un journaliste de Télérama en 1984, cible alors d’entrée de jeu « les films qualitatifs » : « il fallait que je me positionne par rapport à tous les grands trusts qui apparaissaient à cette époque. Pathé possédait alors le Ciné Jaude et le Capitole ».

Un lieu de vie en contrepied d’Internet

Autre marque de fabrique : la perpétuation d’une offre éclectique en marge des projections. C’est l’époque des « Minuit du Paris » et ses films fantastiques, des séances « répertoires », mais aussi d’une exclusivité sur les films Walt Disney.

Après la disparition du Paris, Eric Piera maintiendra cette même politique aux Ambiances, cinéma de quartier devenu brasserie et qu’il ressuscite en 2008 : « il fallait en faire un lieu vivant en prenant le contre-pied d’Internet. Si les jeunes y viennent aujourd’hui, cela est beaucoup dû aux rencontres que l’on organise ».

La prochaine en date : la fameuse actrice iranienne Hiam Abbass. Un pays dont le directeur des Ambiances apprécie particulièrement les œuvres. « Les films engagés, comme La fiancée syrienne, sont plus percutants que les documentaires. On croit davantage en la fiction. Je suis persuadé que le cinéma a contribué à faire bouger certaines choses, comme avec Philadelphia ou Le secret de Brokeback mountain sur l’homosexualité, par exemple ».

Fin 2013, un nouveau défi se présentera à ce mélomane averti : l’exploitation du futur multiplexe du Grand Carré de Jaude en association avec le groupe CGR. Une bonne nouvelle pour celui qui a toujours souhaité une plus grande pluralité cinématographique dans la capitale régionale. « Cela mettra fin à la tyrannie de Ciné Alpes que l’on subit depuis dix ans ! »
Cette fois, Eric Piera vise les films grand public en VO. Le dernier créneau qui manquait à Clermont.

 

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