Les figurants au premier plan

Christophe Barratier sur le tournage de La nouvelle guerre des boutons, tourné en Haute-Loire. Crédit: Mars Distribution.

Christophe Barratier sur le tournage de La nouvelle guerre des boutons, tourné en Haute-Loire. Crédit: Mars Distribution.

« Faire de la figuration ». Dans le sens courant, l’expression est péjorative. Mais au cinéma, c’est tout autre chose! Lumière sur ces hommes, femmes et enfants qui participent, dans l’ombre, à la naissance des films…

« Pour le prochain film de Jean Dujardin, recherchons 50 figurants, homme ou femme, de tous styles et de toutes nationalités ».
On les aperçoit de loin, furtivement. Un visage au milieu d’une foule, un passant tournant le coin de la rue, un couple attablé dans un restaurant… Et pourtant, sans les figurants, bien peu de films verraient le jour ! Dernier exemple en date : L’air de rien, tourné en Auvergne avec Michel Delpech*, pour lequel Eric a apporté, comme les autres, sa modeste contribution: « je faisais mes courses à Cora. J’étais à la caisse quand j’ai aperçu Michel Delpech qui se promenait ! L’équipe était en train de tourner une scène et recherchait des figurants : j’ai postulé en précisant que j’étais musicien et j’ai été engagé pour jouer de l’accordéon dans un bal musette à Chanonat ».

C’est un peu du rêve

Ephémère instant de gloire, né le plus souvent du hasard et de la curiosité : « j’avais envie de découvrir les coulisses d’un film autant que de participer à tout ce fabuleux travail d’équipe, confie Sylviane, qui a officié dans La nouvelle guerre des boutons, avec Guillaume Canet et Laetitia Casta, en Haute-Loire. Sur un plateau de tournage, on retombe en enfance. Le fait de passer de l’autre côté du miroir, c’est un peu du rêve ».

Sylviane était à la retraite depuis peu quand l’occasion s’est présentée de se glisser dans la peau d’une « citadine provinciale des années 40 ». « J’étais très guindée, c’était vraiment rigolo. Nous avons tourné deux jours entiers à Blassac, de 7h à 20h, pour la scène d’arrestation d’une petite fille juive. Mais elle a été coupée au montage ».

Notre figurante en herbe ne s’en est pas vraiment attristée: « je savais qu’il y a énormément de « déchets » dans un film. Et quand on fait de la figuration, il faut être humble et rester dans l’ombre. On est au service du film ».

Les figurants étaient nombreux lors des scènes de concerts, où le public a dû s'essayer à la valse et au swing.

Les figurants étaient nombreux lors des scènes de concerts dans Quand j’étais chanteur, où le public a dû s’essayer à la valse et au swing. Crédit: Stéphanie Di Giusto.

 

Des anecdotes de tournage ? Pas vraiment. Difficile d’approcher les « stars ». Jean-Marc, qui a enchaîné Les rivières pourpres 2Camping 2* et le téléfilm Les Robins des pauvres, confie ne pas avoir ce côté « fan de » : « certains sont là pour les photos. En ce qui me concerne, j’essaie de ne pas trop embêter les comédiens. Ils font de grosses journées et sont très « protégés ». Ils sont tellement sollicités par le public ! »

Disponibilité maximum !

Autre chose à savoir : il faut avoir du temps devant soi ! Jouer dans un film exige une disponibilité non stop sur le plateau, selon les besoins d’un planning lui-même très fluctuant. Des heures d’attente pour quelques secondes à l’écran. La rémunération? Le smic horaire, soit environ 70 euros la journée, davantage pour les films en costumes.

Mais tout cela ne décourage pas le moins du monde les volontaires. Pas plus que de répéter des dizaines de fois le même geste. Pour certains, c’est même l’occasion de s’essayer à des techniques particulières. Comme pour Carole, qui s’est improvisée petite main de Coco Chanel dans le téléfilm éponyme avec Anny Duperey et Sagamore Stevenin : « j’ai dû apprendre à me servir de la machine à coudre de l’époque, tourner la manivelle et passer l’aiguille. Mais le plus dur, c’était le corset qui me serrait beaucoup ! »

Quant à Gilles et Isabelle, la valse et le swing n’ont plus de secret pour eux depuis le tournage de Quand j’étais chanteur et La guerre du Royal Palace

Les figurants doivent s'armer de patience lorsque la même scène est tournée indéfiniment. Ici, Coco Chanel. Crédit: France 2 - Laurent Denis

Les volontaires doivent s’armer de patience lorsque la même scène est tournée indéfiniment. Ici, Coco Chanel. Crédit: France 2 – Laurent Denis

 

La soupe, ça fait grandir !

Et les enfants, dans tout ça ? Pour eux, la figuration est souvent affaire de famille ! Théo, 11 ans, s’y est essayé en compagnie de sa sœur Anna, 9 ans, dans Accusé Mendès France avec Bruno Solo*, puis dans Un prince presque charmant, qui retrace les mésaventures d’un quadragénaire parti assister au mariage de sa fille et interprété par Vincent Perez. Petit passant anglais dans le premier, fils de paysan dans le second. « Je devais manger de la soupe. A la fin, j’étais gavé ! » avoue le jeune garçon, dont le père comédien apparaît également dans une des scènes du téléfilm…

Zoé, blondinette aux yeux bleus d’une dizaine d’années, a également vécu sa première expérience de tournage dans Accusé Mendès France, accompagnée de Lou, l’une de ses sœurs : « au début on devait jouer à la marelle. Et puis finalement on nous a demandé de manger de la soupe. J’ai raté l’école pendant une matinée ! »

Un prince presque charmant, avec Vincent Perez et Vahina Giocante, a fait escale dans la région. La production a eu besoin de jeunes acteurs pour jouer des enfants de paysans...  Crédit: Shanna Lelia Besson / EUROPACORP / TF1 FILMS PRODUCTION

Un prince presque charmant, avec Vincent Perez et Vahina Giocante, a fait escale dans la région. La production a eu besoin de jeunes acteurs pour jouer des enfants de paysans… Crédit: Shanna Lelia Besson / EUROPACORP / TF1 FILMS PRODUCTION

 

Sa mère, quant à elle, a rallié le public de la salle d’audience lors de la scène du procès de Pierre Mendès France, avant de rejoindre sa troisième fille, Lise, 6 ans, dans Un prince presque charmant. Laquelle devait… manger de la soupe. « Avec l’argent, on est allé à Disneyland », confie Zoé. Que du positif, en somme!
Séduite par l’expérience, elle conclut : « plus tard, j’ai envie d’être actrice… » Tous les chemins mènent à Rome !

 

*A lire ici:

(1) « L’air de rien »

(2) « Accusé Mendès France »

(3) « Camping 2″

Figuration : comment s’y prendre ?

Pour postuler comme figurant, il existe les moyens traditionnels, tels que les annonces de journaux ou les sites Internet spécialisés. Pour optimiser vos chances, le mieux est encore de vous inscrire sur la base TAF (Techniciens, Artistes et Figurants en région) de la Commission du film d’Auvergne.

Rendez-vous sur le site www.clermont-filmfest.com, puis cliquez dans l’onglet « Commission du film d’Auvergne », rubrique « Espace professionnel ».
Vous devrez remplir une fiche de renseignements en spécifiant, entre autres, d’éventuelles aptitudes particulières (pratique du théâtre, chant, sport, etc…), et fournir au minimum une photo (portrait). Attention : l’inscription est accessible uniquement aux personnes de plus de 18 ans.

La Commission envoie ensuite un mail aux figurants correspondant aux besoins du film, ou encore lorsqu’elle est à la recherche d’enfants. A noter qu’elle ne se charge pas des castings, mais sert d’intermédiaire entre les productions et les professionnels de la région, comme les directeurs de casting ou les techniciens.

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