David Lynch, cinéaste par accident

David Lynch sur le tournage de Inland Empire. Photo: DR.

David Lynch sur le tournage de Inland Empire. Photo: DR.

 

Une exposition inédite des œuvres d’un des maîtres du cinéma américain, une rétrospective alléchante : Clermont déroule le tapis rouge à David Lynch. L’occasion de se pencher sur l’univers créatif de cet artiste accompli.

Monter à Clermont-Ferrand une exposition des créations plastiques de David Lynch ? Pur fantasme. Jean-Charles Vergne, directeur du FRAC de Clermont, a pourtant accompli cette prouesse à la suite de sa rencontre avec le célèbre réalisateur à Paris.
« Il y vient chaque année pour faire de la lithographie. Depuis longtemps, j’avais envie de montrer cet aspect de son travail, que les gens connaissent peu. Je l’ai rencontré dans son atelier pour lui proposer mon projet d’exposition : il a accepté ».

Jean-Charles Vergne revient alors nanti de soixante-quinze estampes et dessins du cinéaste, accompagnés d’un ensemble de ses films (série, courts-métrages, dessin animé…)
« La lithographie est un complément à son œuvre cinématographique. Il ne faut pas oublier que David Lynch a fait une école d’arts plastiques et qu’il est devenu réalisateur par accident : il peint, dessine, compose… C’est pour cela que j’ai choisi de me focaliser sur ses dessins, qui représentent la forme la plus rudimentaire de la création artistique, en opposition au cinéma, qui demeure extrêmement complexe ».


Dans ses films, la réalité est souvent pire que le cauchemar

Une œuvre cinématographique que Les Ambiances se proposent de mettre à l’honneur, dans les semaines à venir, via une rétrospective des films de David Lynch. Tout pour se replonger dans l’univers surréaliste, angoissant, voire halluciné du réalisateur de Sailor et Lula, Elephant man ou encore Lost Highway.

 

Isabella Rossellini dans Blue Velvet. L'univers théâtral du film rejoint certaines des oeuvres exposées au FRAC. Photo: DR.

Isabella Rossellini dans Blue Velvet. L’univers théâtral du film évoque celui de certaines oeuvres exposées au FRAC. Photo: DR.

 

L’exposition du FRAC, « Man waking from dream », (« L’homme s’éveillant du rêve »), ne fait pas exception, plongeant le visiteur dans une atmosphère visuelle et sonore pour le moins troublante : « le titre de l’exposition illustre un des thèmes chers à David Lynch, à savoir la transition d’un état à un autre, poursuit Jean-Charles Vergne. Chez lui, le rêve est souvent un cauchemar. Et quand vient le retour à la réalité, cette dernière est encore plus cauchemardesque. »

La très énigmatique série « Rabbits », projetée pour la première fois dans une exposition, illustre cette incohérence apparente et le malaise qui en découle, en mettant en scène trois personnages coiffés de tête de lapin, échangeant un dialogue a priori incompréhensible… Avant que les choses ne s’éclaircissent peu à peu. « On a là un fabuleux concentré de tout l’univers de Lynch », affirme Jean-Charles Vergne.

Les connaisseurs de l’œuvre cinématographique du réalisateur ne manqueront pas de reconnaître les autres thématiques typiquement « lynchiennes » disséminées en filigrane le long de ses estampes: « beaucoup des créations exposées évoquent l’univers théâtral, très présent dans ses films, comme Eraserhead, ou Blue Velvet. Idem pour les lithographies illustrant l’ambiguïté et la violence qui sous-tendent les relations amoureuses, thème que l’on retrouve par exemple dans beaucoup de ses films, comme Mulholland drive ».

L'exposition fait aussi écho à l'univers de Mulholland Drive au travers de la relation amoureuse. (Photo: Bac Films)

L’exposition fait aussi écho à l’univers de Mulholland Drive au travers de la relation amoureuse et de sa violence sous-jacente. Ici, le réalisateur avec la comédienne Naomi Watts. (Photo: Bac Films)

L’obsession de Lynch pour le corps en transformation refait également surface : « Blue Velvet commence avec une oreille coupée trouvée par terre. La mutilation, cette perte des personnages avec eux-mêmes, cette cassure, demeurent récurrentes ».
Un cousinage artistique qui s’incarne avec la toute dernière salle, aménagée en référence à l’atmosphère mystérieuse de Twin Peaks. Avec une musique composée spécialement pour l’exposition par Sir Lynch himself…

*Fonds Régional d’Art Contemporain.

 

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