Mathieu Kassovitz: « Je voulais faire connaître l’histoire d’Ouvéa »

Mathieu Kassovitz a endossé le rôle de Philippe Legorjus, du GIGN, qui mena les négociations entre les différents acteurs.

Mathieu Kassovitz a endossé le rôle de Philippe Legorjus, du GIGN, qui mena les négociations entre les différents acteurs.

Censuré en Nouvelle Calédonie, L’ordre et la morale, qui retrace la prise d’otages d’Ouvéa de mai 88, sort cette semaine sur les écrans. Son réalisateur Mathieu Kassovitz était à Clermont lors de l’avant-première.

La salle du Ciné-Dôme était comble lorsque sont apparus, sous un tonnerre d’applaudissements, Mathieu Kassovitz, Iabe Lapacas et Philippe Legorjus. Tout sourire, le réalisateur de La haine se saisit de son portable, prend une photo de la foule en standing ovation : « c’est pour mettre sur Facebook ! »

Mais le ton se fera plus grave durant cette heure d’échange avec le public à propos de son nouveau film, L’ordre et la morale. « Un document », comme le qualifie son réalisateur, qui retrace les évènements d’Ouvéa en Nouvelle Calédonie, en mai 1988, durant lesquels un groupe d’indépendantistes Kanaks attaqua la gendarmerie de Fayaoué, tua quatre gendarmes et en enleva trente. L’État français envoya alors 300 militaires pour rétablir l’ordre, au moment même de l’entre deux tours des élections présidentielles opposant François Mitterrand et Jacques Chirac.

Auteur du livre « La morale et l’action » dont est tiré le film, le capitaine Philippe Legorjus du GIGN passe dix jours à négocier avec les différents acteurs du drame, sans parvenir à éviter l’assaut final qui conduira à la mort de 19 Kanaks et de deux militaires.

« Ce qui m’a bouleversé dans ce film, c’est l’humanité dont il fait preuve », affirme ce dernier, dont le personnage dans le film est interprété par Mathieu Kassovitz lui-même.

 

Le drame débute avec une prise d'otage des gendarmes par les Kanaks.

Le drame débute avec une prise d’otage des gendarmes par les Kanaks.

 

Tout était écrit

Ce dernier n’a pas ménagé sa peine afin de réaliser ce projet qui lui tenait à cœur depuis dix ans: « je devais d’abord avoir l’accord de la population pour tourner ce film, ce qui a conduit à de longues discussions avec des dizaines de personnes. J’ai également longtemps travaillé avec Philippe, le tout étant que le résultat soit le plus paisible possible. En revanche le tournage s’est fait en Polynésie, car la tragédie est encore très présente dans les esprits en Nouvelle Calédonie ».

Une situation que confirme Iabe Lapacas (voir interview ci-dessous), étudiant clermontois qui joue le rôle d’Alphonse Dianou (le chef des preneurs d’otages avec lequel Philippe Legorjus mena les négociations) et qui se trouve être, par le plus grand des hasards, le neveu de ce dernier ! « Cette histoire et ce deuil nous habitent encore, confesse le jeune homme. Il est difficile de s’en relever, même si la famille n’a jamais voulu nous polluer l’esprit avec ça ».

 

La prise d'otages a tourné au carnage... Un traumatisme encore aujourd'hui à Ouvéa.

Après la mort de quatre gendarmes, 19 Kanaks et deux militaires furent tués après l’assaut final. Un traumatisme encore aujourd’hui à Ouvéa.

 

Questionné sur son état d’esprit durant les évènements, Philippe Legorjus reconnaît un sentiment d’impuissance face aux enjeux politiques à l’œuvre à l’époque : « je n’ai cessé de privilégier une solution négociée, mais on sentait des contraintes et une forme de pression. Tout était écrit. Les initiatives qui auraient permis d’éviter l’assaut n’ont pas abouti. Le GIGN n’avait pas connu de problèmes éthiques profonds avant cette affaire là… Je suis parti peu après, car je n’aurais pas pu travailler plus longtemps avec des politiques aussi peu respectueux des lois de la République. La question est : en serait-on arrivés là si ces évènements n’avaient pas eu lieu dans l’entre-deux tours ? »

Si le film souffre de quelques longueurs et d’un côté un peu didactique, il respecte malgré tout un certain équilibre : « nous n’étions pas là pour accuser, mais pour chercher des réponses et faire connaître cette histoire, reprend Mathieu Kassovitz. Parmi les personnes très différentes qui ont vu le film, aucune ne nous a dit que l’on était dans le faux. C’est qu’on a réussi notre pari…»


Iabe Lapacas: « Jouer Dianou, c’était comme jouer mon grand frère »

KASSO 4

A 29 ans, Iabe Lapacas s’apprête à passer le concours du barreau à Clermont-Ferrand tout en se retrouvant à l’affiche du nouveau film de Mathieu Kassovitz, L’ordre et la morale. Rencontre.

Comment vous-êtes vous retrouvé dans cette aventure ?

I.L. : J’avais quitté la Nouvelle-Calédonie depuis 10 ans, pour faire des études de droit des affaires à Clermont-Ferrand. Le directeur de casting, qui cherchait quelqu’un pour interpréter Alphonse Dianou, a rencontré un de mes compatriotes à Paris, qui nous a mis en relation. Au départ, j’ai cru à une blague quand on m’a appelé et que l’on m’a demandé d’envoyer des photos pour un film. Comme Alphonse Dianou était mon oncle, j’ai cru qu’on me demandait des photos de lui. On a travaillé des séquences et on les a montrées à Mathieu (Kassovitz, ndlr), qui m’a engagé. A ce moment là, il ne connaissait pas mes liens de parenté avec Dianou.

Comment a réagi votre famille ?

I.L. : J’avais peur que ce soit sensible. Le sujet en lui-même était très fort. De plus, en Nouvelle-Calédonie, tant que vous n’êtes pas marié, vous êtes encore un enfant. Je devais donc avoir l’accord de mes parents pour tourner ce film, mais finalement les choses se sont bien passées.

Vous n’aviez aucune expérience d’acteur ?

I.L. : Non, j’ai eu une professeur qui m’a coaché pendant trois semaines et qui m’a aidé à caler ma voix, les expressions, le jeu du corps. J’ai aussi travaillé avec un cascadeur pour les scènes d’action, comme l’attaque de la gendarmerie. Pour le reste, les informations que j’ai eues de cette histoire sont venues des familles, des veuves, des orphelins. Le tout était de trouver l’interprétation la plus juste, la plus honnête. Jouer Dianou, c’était comme jouer mon grand frère. Au final, le film n’est ni pro militaire, ni pro Kanak. Il n’a pas été fait pour raviver de vieilles blessures, mais pour réunir les gens autour de cette histoire. A l’époque, les Kanaks étaient vus comme des sauvages et les militaires comme les héros…

Souhaiteriez-vous poursuivre la comédie ?

I.L. (Petit sourire) : Je verrai…

Crédits: UGC Distribution.

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