Cinémas clermontois : la nouvelle donne?

Nécessaire, peut-être. Source de débats, sans aucun doute. A Clermont-Ferrand, l’arrivée de nouveaux multiplexes constitue-t-elle une réelle diversification du paysage cinématographique ou un suréquipement pur et simple ? Quelques éléments de réponse…

« Je ne m’en suis jamais caché : j’ai toujours été réservé quant à l’ouverture d’un deuxième multiplexe à Clermont, affirme Olivier Bianchi, adjoint à la culture de Clermont. Du point de vue urbanistique, il est judicieux d’en construire un au nord, comme on l’a fait pour le sud. Cela créé un rééquilibre. Mais il faudrait également s’assurer que cela va amener un vrai renouvellement, au niveau de la programmation ou des tarifs… »

Dominé jusqu’alors par l’omnipotence de Ciné Alpes (nouvel entrant en 2000 avec l’implantation du Ciné Dôme, avant de passer leader du marché avec le rachat du Ciné Jaude et du Ciné Capitole), le cinéma clermontois verra ses cartes redistribuées avec l’arrivée de deux multiplexes à l’horizon 2012 et 2013 : l’un au nord de la ville, au sein d’un vaste pôle commercial géré par le groupe Immochan, l’autre en hypercentre, dans le futur Carré Jaude 2 ; tous deux pilotés par le circuit CGR, déjà à la tête de 367 salles en France.

Les plans du futur multiplexe, prévu au nord de la ville. Toujours en stand by... Photo: DR

Les plans du futur multiplexe, prévu au nord de la ville. Toujours en stand by… Photo: DR

« Plus il y a de choix, mieux c’est pour l’industrie du cinéma, soutient Dominique Adenot, adjoint à l’urbanisme. La ville bouge, nous captons d’autres populations. Il est normal qu’il y ait augmentation de l’offre, avec de belles salles, de bons fauteuils… On ne pouvait pas continuer à avoir 100 000 habitants qui devaient traverser l’agglomération pour se rendre au Ciné-Dôme ! »

La fin d’un monopole

Cette nouvelle donne sonnera donc le glas d’un monopole qui a, dans le passé, pénalisé les spectateurs clermontois, en les privant – jusqu’à sa diffusion par Le Rio – de Shrek 3 : à la suite d’un litige commercial avec le distributeur, Ciné Alpes avait alors décidé de boycotter le nouvel opus du sympathique monstre vert. Face à la question de cette future concurrence, Ciné Alpes s’est montré bien peu disert, se contentant de nous répondre qu’« il en prenait acte »…

Eric Piéra, directeur du cinéma Art et essai Les Ambiances, a quant à lui pris les devants en s’associant à CGR dans l’exploitation du prochain multiplexe du Carré Jaude 2. Mais quelle pourra être la programmation de ce quatrième cinéma de centre-ville dont les concurrents se situeront tous à moins de 500 mètres ?
« Lors de l’expropriation du cinéma Le Paris (dont Eric Piéra était le directeur, ndlr) nous nous sommes engagés à la construction d’un autre cinéma en centre-ville, rappelle Olivier Bianchi. A cette époque, on m’accusait d’être un « tueur d’Art et d’essai » ! Aujourd’hui, je ne peux donc pas imaginer qu’Eric Piéra ne poursuive pas la politique de programmation qu’il menait auparavant ».

Raté, puisque l’exploitant s’oriente plutôt, pour le futur multiplexe, vers la diffusion de films grand public en VO : « il y a un vrai mépris du spectateur de ce côté-là, déplore Eric Piéra. Et cela permettra en plus d’avoir le choix du lieu : il ne faut pas oublier que le Ciné Jaude n’a toujours pas été refait ! »

Disposant de sept salles équipées au numérique et de 1200 places, l’établissement devrait, en outre, ne pas projeter uniquement des œuvres du 7ème art : « l’essoufflement des films en salle est très rapide. Le numérique va permettre une vraie polyvalence, note Eric Piéra. On pourra retransmettre des spectacles de danse ou d’opéra, ou bien des matchs de l’ASM… »

Environ deux après, le nouveau Paris était en plein chantier. Photo: Valentin Uta.

Environ deux après, le nouveau Paris était en plein chantier. Photo: Valentin Uta.

Si la programmation ne changera donc pas réellement, côté tarifs, ne vous attendez pas non plus à des miracles ! Jocelyn Bouyssy, directeur général de CGR, en faisait l’aveu récemment* : « (…) je n’ai pas l’intention de me livrer à une guerre des prix qui serait incohérente au regard de nos investissements et de notre politique tarifaire ». Même si Eric Piéra précise : « plus de la moitié du public paye avec un chèque cinéma, et CGR propose aux CE une offre à 6 euros, contre 6,80 pour Ciné Alpes »… Et d’ajouter : « cette concurrence sera une excellente chose, dans la mesure où Ciné Alpes posait un problème d’accès aux copies en s’accaparant tout. »

Accès aux copies retardé

L’accès aux copies : voilà ce qui inquiète par dessus tout la directrice du Rio, Nora Dekhli. Celle-ci ne décolère pas face à l’arrivée du multiplexe d’Immochan (qui proposera 12 écrans pour 2500 fauteuils) dans la zone de chalandise du Rio: « nous ne sommes pas sur le même créneau de programmation, mais nous avons aussi besoin de films porteurs pour équilibrer les comptes. Les distributeurs favorisent l’exposition la plus large possible, avec un grand nombre de séances. Le Rio, lui, ne compte qu’une salle. Avec des opérateurs en plus, cela va repousser d’autant l’accès aux copies : nous les aurons la 13ème ou 14ème semaine, quand le film n’aura plus de potentiel. Sans compter que le DVD paraît, quant à lui, quatre mois après la sortie nationale ».

Après avoir subi le désengagement du Comité d’Etablissement Michelin (et donc la suppression de ses 30 000 euros de subvention annuelle), une modification de l’exonération des Zones Franches Urbaines (avec 11 200 euros supplémentaires à dégager), Le Rio court donc aujourd’hui le risque d’être à la merci de ces nouveaux arrivants, parmi lesquels il ne faut pas oublier le futur complexe Art et essai de VEO à Riom, qui se situera à huit minutes de voiture…

« Je ne comprends pas comment les élus peuvent laisser passer des dossiers pareils ! Je ne sais pas si une étude d’impact a été réalisée, mais si tel est le cas, nous n’avons pas été consultés. Quelles vont être les conséquences pour nous, mais aussi pour Le Lux, Le Gergovie, Les Ancizes ?… »

La Ville, qui alloue au total au Rio 31 000 euros de subventions, est donc sollicitée à nouveau, de même que d’autres collectivités locales, pour une remise à plat des solutions possibles… « On nous explique que l’on est dans un monde libéral, qu’il faut une libre concurrence pure et parfaite : mais ce n’est pas le cas ici puisque cela va être encore plus difficile pour les petits cinémas », regrette Olivier Bianchi, qui préconise par ailleurs la mise en place d’un observatoire de l’évolution de la situation.

Une situation qui devrait d’autant plus se complexifier avec le prochain gros dossier à venir : le passage au numérique. Mais c’est encore une autre histoire…

*Le film français, n° 3408, 28 janvier 2011.

Aude HILY

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