Il était une fois dans l’Ouest: « l’Homme à l’harmonica » en Auvergne

Franco De Gemini a composé la célèbre mélodie à l'harmonica de Il était une fois dans l'Ouest.

Franco De Gemini a composé la célèbre mélodie à l’harmonica de Il était une fois dans l’Ouest.

Seulement trois notes: une complainte, lancinante et poignante, mondialement connue. Il était une fois dans l’Ouest s’était invité, il y a quelques jours, à Cébazat. Franco De Gemini, harmoniciste du chef-d’œuvre de Sergio Leone, a fait respirer un parfum d’Italie à l’Auvergne, qui fleurait bon l’âge d’or du cinéma transalpin.

Morricone, Roberto Pregadio, Nino Rota… Franco De Gemini, 80 ans, a travaillé avec quelques-uns des plus grands compositeurs de l’époque et côtoyé pléthore de stars… L’œil malicieux, une plaisanterie au détour de chaque phrase, ce sacré personnage accompagnait dernièrement sur scène le groupe auvergnat des frères Maulus, rencontrés par hasard en 2004 à la fête de la musique d’Aoste. Il a depuis produit et participé à leurs deux derniers albums. « Il faut s’amuser », résume le musicien, dans un excellent français. « C’est là le principal. Ce n’est pas une question d’argent ».

Franco de Gemini a côtoyé les plus grandes stars italiennes de son époque.

Franco de Gemini a côtoyé les plus grandes stars italiennes de son époque.

Et Franco De Gemini, avec 800 films à son actif et 8600 heures passées en studio d’enregistrement, a su trouver les occasions de se faire plaisir ! L’harmonica, il est tombé dedans tout jeune. Instrument populaire par excellence dans l’Italie des années 40, il en fera son violon d’Ingres, son gagne-pain, une source de découvertes et de liberté exploitées heureusement tout au long de sa carrière.
« Le seul autre instrument dont j’ai joué, c’était de « l’incudine » (enclume) », plaisante-t-il.« C’était lors du tournage de Pour une poignée de dollars. Ennio Morricone, le « maestro », avait ajouté à l’harmonica le son d’une enclume, et comme la production ne voulait pas payer un percussionniste pour un seul morceau, j’ai proposé de taper moi-même sur l’enclume ! »

En musique, il faut créer la possibilité

Les vedettes italiennes, « l’Homme à l’harmonica » les croise tôt, même s’il demeure loin des plateaux de tournage : le premier film auquel participa l’harmoniciste, Pain amour et fantaisie, le fait composer sur une des scènes dans laquelle apparaît Gina Lollobrigida et Vittorio De Sica. Puis il croise la route en 1969 de Charles Bronson, Claudia Cardinale et Henri Fonda sur Il était une fois dans l’Ouest. Le compositeur, Ennio Morricone, a accédé à la demande de Franco qui souhaitait voir l’harmonica devenir un protagoniste à part entière du film, après  Le Bon, la brute et le truand.

Il a participé à des centaines de films, dont Et pour quelques dollars de plus.

L’harmoniciste a participé à une centaine de films, dont Et pour quelques dollars de plus.

Morricone lance alors un véritable défi à Franco : « Sergio Leone m’avait déjà expliqué cette terrible scène de fin, qui révèle l’origine des trois notes d’harmonica. Et Morricone m’a dit : je te donne trois notes, c’est tout. J’ai répondu : tu n’aurais pas un concerto de Mozart, ce serait plus facile !

Il m’a également donné une partition, mais où il était seulement écrit des mots clé pour décrire le ton de la scène : « douleur », « cri »,« haine »… J’ai alors « trafiqué » l’harmonica afin d’en tirer ce son particulier, où l’on obtient deux notes seulement en soufflant. En musique, il faut savoir créer la possibilité, mais il faut le faire de façon professionnelle. Bien sûr, à l’époque, on ne pensait pas que ces trois notes rentreraient dans l’histoire de la musique de cinéma ! Mais il y a aussi une part de chance importante ».

Ennio Morricone, un « musicien génial mais un homme difficile, extrêmement exigeant », le fait participer à une centaine de films. Franco De Gemini se voit même proposer un jour un petit rôle aux côtés de Sofia Loren en 1970 par Dino Risi dans La femme du prêtre. Rôle qu’il refusera ! Motif : une vive discussion avec l’actrice, laquelle aurait quelques jours plus tôt critiqué le jeu musical de Gemini…

 Et pour quelques dollars de plus, Mort à Venise,  Ludwig , le nouvel enregistrement de West Side Story (sous la direction de Bernstein), Le Ruffian (avec Lino Ventura, où Morricone ne donnera cette fois à Gemini plus que deux notes pour composer son morceau!)… S’il enchaîne les films à succès, Franco trouve malgré tout du temps pour ses compositions privées, la création de sa maison de production en 1966, son oliveraie… !

Ludwig, un des chefs-d'oeuvres de Visconti, avec Helmut Berger.

Ludwig, un des chefs-d’oeuvres de Visconti, avec Helmut Berger.

Il se montre critique envers la composition actuelle des bandes originales de films : « c’est de la musique digitale ! On ne peut rien faire de sérieux ni d’intéressant avec des machines… Où sont passés les solistes ? »
Aujourd’hui davantage éditeur que compositeur, c’est sans doute grâce à sa maison de production qu’il peut dénicher les talents. Ce qui ne l’empêche pas de sillonner les routes : l’Auvergne l’accueille pour la cinquième fois, depuis sa rencontre avec les frères Maulus.

Lundi dernier, en compagnie d’Edda Dell’Orso (interprète d’Il était une fois dans l’Ouest et de nombreux westerns spaghetti), Franco et ses trois notes mythiques auront en tout cas suffi à dépayser le spectateur.

 Crédits: DR.

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