Nicola Sirkis fait son cinéma aux Ambiances

La veille de son concert au Zénith d’Auvergne, le leader d’Indochine était au cinéma clermontois Les Ambiances pour évoquer le film Punishment Park, « un de ses films de référence ».

La mèche sur le front, le look d’adolescent. C’est bien Nicola Sirkis qui pénètre dans le cinéma Les Ambiances, précédé de ses agents de sécurité et sollicité par les demandes d’autographes.

Les Ambiances avait laissé ce soir « Carte blanche » au chanteur d’Indochine : une personnalité choisit un film dont elle viendra discuter avec le public après sa projection. « On m’avait parlé de l’action de ce cinéma et l’idée m’a intéressé, d’autant que je n’ai encore jamais fait de projection-débat », raconte l’artiste.

Le chanteur a répondu volontiers à l'invitation "Carte Blanche" du cinéma, afin de parler de son film de prédilection au public clermontois. A ses côtés, le directeur des Ambiances, Eric Piera.

Le chanteur a répondu volontiers à l’invitation « Carte Blanche » du cinéma.

Avec simplicité, presque un peu timide au moment du mitraillage photographique, Nicola Sirkis laisse transparaître rapidement ses convictions et son engagement: « Punishment Park est un de mes films de chevet – j’en ai même fait le titre d’une de mes chansons. Aujourd’hui il faut se battre pour exister un peu à tous les niveaux. Le cinéma, comme les concerts, demeure un espace vivant. Maintenant, on est plus porté à rester chez soi, sur Internet. Mais il y a toujours de l’espoir »… sourit-il.

Film contestataire de Peter Watkins, Punishment Park met en scène un groupe de jeunes gens sous le coup de condamnations qui acceptent, contre la promesse de leur libération, de traverser à pied un désert de 85km en trois jours, sans eau ni nourriture. Ils doivent atteindre le drapeau américain planté au milieu de nulle part, avant que la police ne les rattrape et ne les jette en prison.*

 

Dans Punishment Park, un groupe de jeunes contestataires est condamné à une peine aussi absurde que cruelle. Crédit: Shellac.

Dans Punishment Park, un groupe de jeunes contestataires est condamné à une peine aussi absurde que cruelle. Crédit: Shellac.

 

Punishment Park m’avait choqué et donné envie de réagir. Peut-être est-ce pour cela que j’ai fait de la musique…

« La grande réussite de ce réalisateur est de filmer comme si on était au cœur de l’événement » poursuit Nicola Sirkis. « J’ai découvert Peter Watkins à 16 ans avec son premier film, La bombe, qui m’avait complètement traumatisé. Tous ses films ont été censurés car ils sont très violents, non dans l’image, mais dans la peur qu’ils développent.

Dans Punishment Park, on nous montre ce que le gouvernement des Etats-Unis, pays des libertés, pourraient engendrer de violence et de répression. A cette époque c’était le début du punk et on avait besoin de cette révolte contre l’état policier, l’abus de pouvoir… Aujourd’hui toutes les libertés se restreignent et peu de gens se rebellent ».

Le cinéma actuel propose-t-il des réalisateurs aussi engagés que Watkins ? « Oui », affirme le chanteur. « D’autant qu’en France on n’est pas avare en jeunes réalisateurs. J’ai beaucoup aimé Sin nombre, Fish Tank, La bande à Bader,  Good bye Lenin. Le cinéma a toujours fait partie des références d’Indochine.  Kids, de Larry Clark, a influé sur un de mes albums. Des films comme celui-là ou Punishment Park m’avaient choqué et donné envie de réagir. Peut-être est-ce pour cela que j’ai fait de la musique par la suite… »


* Punishment Park a été tourné en 1970 après la mise en place du McCarren Act aux Etats-Unis, loi de 1950 appliquée en réponse à l’aggravation du conflit au Nord Vietnam, et qui autorisait à placer en détention « toute personne susceptible de porter atteinte à la sécurité intérieure ». Le film reçut un accueil glacial aux Etats-Unis, où il ne resta que 4 jours à l’affiche et ne connut aucune diffusion à la télévision.

 

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