L’Auvergne, terre de documentaires

 

 

"Pendant que je tournais, j'ai été impressionné par l'énergie du lieu, sa minéralité, sa lumière. La nature est très puissante ici, brute et sauvage".

« J’ai été impressionné par l’énergie du lieu, sa minéralité, sa lumière. La nature est très puissante ici ».

Tourné dans la campagne cantalienne, Dernière saison (Combalimon) filme, au crépuscule de sa vie, l’angoisse et le combat d’un agriculteur de 63 ans pour sauvegarder sa ferme. Le réalisateur Raphaël Mathié était au Rio pour la présentation de son premier long-métrage, dans les salles à partir du 21 janvier.

Comment est venue l’idée de ce documentaire ?

Raphaël Mathié : J’avais déjà tourné un moyen-métrage dans l’Aubrac, et Jean (protagoniste principal de Dernière saison, ndlr) en était un des personnages secondaires. A la fin de la projection, il est venu me voir pour me dire : « si ça t’intéresse, on peut faire un film sur un endroit qui se meurt ». J’ai vraiment été touché, estomaqué, par sa demande. Jean vit seul, il n’a pas de famille. Il est arrivé au bout du chemin. Il en a pris conscience et il est confronté à la finitude sa ferme. J’ai eu envie de transmettre son humanité, sa solitude. Faire ce film lui permettait de laisser une trace, de continuer à faire vivre Combalimon (nom de la propriété de Jean Barrès, ndlr)

Comment s’est déroulé le tournage ?

R. M. : Je me suis installé à proximité de sa ferme, au village de Saint-Urcize. Je venais tous les jours à pied chez Jean, avec tout mon matériel sur le dos ! Il était extrêmement important pour moi de vraiment éprouver l’énergie du lieu, de m’en pénétrer. Mais au bout de deux mois, je n’en pouvais plus. Je travaillais douze ou treize heures par jour, dans un travail d’écoute et de concentration intenses, en huis-clos. Je suis parti quelque temps, puis revenu deux fois dix jours pour terminer le film. Le tournage s’est déroulé dans une confiance réciproque, et c’est ce qui m’a permis de travailler en profondeur. On a passé des heures, avec Jean, à échanger, à se raconter nos vies. J’observais ses habitudes. C’était une vraie mise à nu.

Le film est très contemplatif, très épuré. Que cherchiez-vous à transmettre particulièrement ?

R.M. : Je n’ai pas cherché à dénoncer quoique ce soit. Les plans longs étaient un choix pour traduire l’enfermement de Jean, son pré-carré. Je voulais aussi évacuer toute dimension folklorique ou anecdotique du film. Je m’intéresse beaucoup à la peinture aussi, et ces plans étaient comme des tableaux captant une atmosphère. Une chose très importante pour moi était de pénétrer l’image par le regard et laisser le spectateur vagabonder, lui proposer de s’accaparer la texture, l’image, le son, du film.

Vous vivez à Paris et êtes d’origine alsacienne. Y-a-t-il quelque chose de l’Auvergne qui vous ait marqué ?

R.M. : Ce qui m’a vraiment impressionné pendant que je tournais, c’est l’énergie du lieu, sa minéralité, sa lumière. La nature est très puissante ici, brute et sauvage. L’homme y est englouti. Les plans fixes servaient aussi justement à traduire ce sentiment d’isolement.

Avez-vous été surpris du très bon accueil critique pour ce premier-long-métrage ?* Comment Jean l’a t-il trouvé ?

R.M. : Jean a été extrêmement touché et fier lorsqu’il l’a visionné. Pour le reste, je suis allé au bout de ce que je pouvais faire avec ce documentaire. Il a ses défauts et ses qualités. Maintenant je suis passé à autre chose. J’ai seulement la satisfaction du travail accompli.

* Le film de Raphaël Mathié a reçu plusieurs prix, dont le Prix du Regard social lors des 17èmes rencontres Traces de Vie de Clermont-Ferrand et le Prix spécial du jury au Festival international de Seattle. Il a également été nominé dans de nombreux festivals, entre autres en sélection ACID à Cannes en 2007, ou encore au Festival International du Film Documentaire d’Amsterdam.

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